Cinquième question

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Cinquième question:

« Pourquoi, dans l’adversité, certains se réfugient auprès de Dieu alors que d’autres s’en éloignent? »

Réponse:

Ton observation me paraît très juste. Moi aussi j’ai souvent remarqué que, dans l’adversité, certaines personnes se mettent à ‘prier’ tandis que d’autres se mettent à ‘sacrer’ et à s’en prendre à Dieu.

Je me demande si cela ne dépend pas, en grande partie, de l’image qu’on se fait de Dieu. Tu sais, je pourrais imaginer Dieu comme une grande « vedette » qui me fascine par ses talents et ses exploits et qui devient pour moi un genre d’« idole ». Or, si jamais, un jour, j’apprends que mon idole est accusée de meurtre, de trafic de drogue, de fraude ou de quelque chose de semblable, il se peut qu’elle commence aussitôt à baisser dans mon estime. Et si jamais ses manières d’agir finissaient par m’atteindre personnellement, je pourrais alors devenir très agressif à son égard, lui en vouloir et finir par lui tourner le dos définitivement.

Jésus ne s’est jamais présenté comme une vedette de ce genre. Le seul angle sous lequel Jésus s’est fait vraiment remarquer, c’est sous celui de l’amour. Il a toujours voulu servir les autres. Jamais il n’a cherché à ‘se servir’ des autres. C’est le sens qu’il a donné à sa vie et il n’a jamais ‘déçu’ personne.

Tout cela pour dire que si jamais il m’arrive de l’adversité, inutile de m’enrager contre Dieu comme une idole qui m’a trompé. Tout ce que je pourrais en conclure, c’est que l’amour que Jésus a vécu et enseigné n’est pas encore suffisamment compris et pratiqué. Imaginons, un seul instant, que l’amour que Jésus nous a enseigné, était vraiment vécu par tout le monde; ne penses-tu pas que l’adversité dont tu parles disparaîtrait comme par enchantement? Mais, c’est rêver en couleurs. Nous sommes crées libres et, poussés par toutes sortes de ‘forces adverses’ : (l’adversité), chacun peut faire des mauvais choix qui font souffrir les autres. Il me restera alors à pardonner comme moi-même j’ai besoin parfois d’être pardonné. Chaque fois que je le fais, c’est comme si je devenais plus libre, plus fort, plus joyeux et même mieux équipé pour poursuivre ma vie dans la paix du coeur et dans ma recherche de bonheur.

 Il y a aussi des adversités qui peuvent venir de catastrophes naturelles comme des tremblements de terre, des ouragans, des incendies de forêts, des tsunamis, etc. Là encore, je ne peux pas me révolter contre Dieu comme si c’était lui le grand coupable. Tout ce que je peux en déduire, c’est que la création qu’Il a mis en marche il y a des milliards d’années lors du Big Bang, n’est pas encore achevée. Qui sait? Peut-être qu’un jour, nous maîtriserons suffisamment la terre pour pouvoir nous mettre davantage à l’abri de toutes ces catastrophes naturelles qui peuvent tellement nous affliger.

Donc, blâmer Dieu pour les adversités qui m’arrivent, c’est me tromper de cible. Dieu ne fait et ne peut que nous aimer. Dieu est ‘Amour’, nous dit Saint Jean. En conséquence, me réfugier auprès de lui dans l’adversité, comme l’ont fait les croyants de la Bible et comme le font tant d’autres que nous connaissons, sera toujours la meilleure attitude à développer, me rappelant comment Jésus s’est toujours fait proche de ceux qui souffraient pour quelque raison que ce soit. Enfin, il se peut que je ne puisse jamais trouver exactement d’où viennent les adversités dont je me sens victime, et que cela puisse me frustrer profondément. Alors, le mieux que je pourrai faire, sera de constater qu’avec le bon grain pousse encore des mauvaises herbes… Je pourrais même aller plus loin et me convaincreque, plus je sèmerai moi-même de l’amour autour de moi et plus je mettrai toutes mes énergies à l’entretenir, plus l’adversité que tu évoques dans ta question aura du mal à prendre vraiment racine dans mon milieu à la plus grande joie de tous et de toutes.

Poursuivons la conversation sur ce sujet extrêmement important.

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+ Paul Marchand, s.m.m.

Évêque de Timmins.