Quatrième question

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Quatrième question:

“Croyez-vous à la vie après la mort? Est-ce que ça existe?

Réponse:

Tu me poses une autre bonne question et pas la moindre. Elle revient à dire : « Qu’est-ce qui se passe quand on meurt? » Certains disent qu’il ne se passe rien. C’est comme si on débranchait le courant de son ordinateur. C’est fini! D’autres pensent que notre vie sera comme ‘transférée’ dans un autre corps. On appelle cela : la réincarnation. D’autres disent: Ça n’a pas de bon sens de désirer vivre, vivre toujours davantage, pour nous apercevoir qu’en bout de ligne tout aboutira à rien. Notre désir de vivre serait-il donc une fausse illusion qui peut prendre fin, comme ça, avec un accident de moto, une maladie ou même l’âge?

Je te raconte une histoire : Imagine-toi qu’un jour, un foetus décide de ne pas sortir du ventre de sa mère. Il se dit : « Je suis bien, ici. Pourquoi aller ailleurs? L’espace n’est pas grand mais je suis logé et nourri gratuitement. Je n’ai qu’à me laisser porter et les jours passent sans aucun problème. » Viendra un temps où ça ne marchera plus… Non seulement la maman n’en pourra plus de porter cet enfant qui prend chaque jour un peu plus d’espace dans son ventre, mais le foetus lui-même finira par sentir d’autres besoins autant au niveau nourriture que d’espace. Vouloir enfermer la vie dans une seule étape, c’est contredire la loi de la vie. C’est la même chose d’ailleurs pour l’enfance et l’adolescence. À un moment donné, c’est normal et naturel de passer à une autre étape de sa vie. C’est la vie! Je me dis :Est-ce que ce ne serait pas la même chose quand on arrive à la toute dernière minute, latoute dernière seconde de sa vie? Ma conviction, c’est que quand on meurt, on passe tout simplement à une autre étape de sa vie. Nous disons dans la liturgie des funérailles : «La vie n’est pas détruite, elle est transformée ».

Je lisais il y a quelque temps que, dans sa recherche auprès de centaines de personnes qui ont été déclarées ‘cliniquement’ mortes et qui sont revenues à la vie, la grande psychiatre américaine, Élizabeth Kuber Ross a découvert que la très grande majorité de ces personnes ont ressenti comme une grande lumière paisible, une joie et un bonheur indescriptible au moment d’entrer dans cette étape que la médecine appelle : une mort ‘clinique’. Richard Back, de son côté, nous parle de la chenille qui ne sait pas qu’entrer dans son cocon n’est qu’une étape pour devenir papillon, avec tout l’épanouissement et la liberté que cette vie de papillon va lui apporter.

 On dit souvent que personne n’est revenu nous dire ce qu’il y a de l’autre côté de la vie. Mais oui, il y en a une : c’est Jésus. Au matin de Pâques, les saintes femmes disent même qu’en arrivant au tombeau où Jésus avait été déposé après sa mort, elles ont trouvé deux hommes‘habillés en blanc’ assis à la porte du tombeau. C’est une façon de nous dire que Jésus était plein de vie, plein de bonheur après sa mort. En fait, Jésus n’a jamais été aussi vivant qu’après sa mort. C’est la même chose pour les personnes que tu as connues et qui sont décédées, parce que nous sommes faits de la même étoffe que Jésus. Saint Paul nous dit que Jésus est le premier d’une multitude. Cette multitude, c’est nous, les humains. Après notre mort, nous connaîtrons le même sort que Jésus, c’est-à-dire, une surabondance de vie qu’on appelle la résurrection.

Ça ne veut pas dire que cette conviction de foi enlève toutes nos peurs et nos appréhensions face à la mort. Si le foetus pouvait parler, il nous dirait la peur qu’il ressent au moment de sortir du ventre de sa mère. Nous lui ressemblons quand vient le temps de franchir l’autre bout de la vie.

Donc, quand tu me demandes si je crois à la vie après la mort ma réponse est un grand OUI. Je t’avoue même que c’est incroyable tout ce que cette certitude de foi m’apporte dans ma vie personnelle de tous les jours. Je me dis : si cela est vrai pour la ‘grande’ mort à la fin de ma vie, c’est aussi vrai pour toutes les ‘petites’ morts qui se glissent tout au long de ma vie : des déceptions, des frustrations, des incompréhensions, des accidents, des maladies, etc. Quand je contemple un beau lever de soleil, je me dis que le passage dans l’au-delà sera comme un autre beau lever de soleil d’un ‘nouveau matin’ qui ne finira plus. Le poète et chansonnier Félix Leclerc a raison de chanter : « C’est grand la mort, c’est plein de vie dedans ».

Ciao.

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+ Paul Marchand, s.m.m.

Évêque de Timmins.