2008-11 Grandir par notre appartenance

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2008-11 ‘Grandir par notre appartenance

Quand on appartient, ça paraît!

 

Quand je vais dans un hôtel, presqu’infailliblement je découvre un carton déposé sur les serviettes de ma chambre de bain sur lequel il est écrit en grosses

lettres :

 

« Si c’est important pour vous, ça paraîtra ».

 

Une façon discrète mais efficace de nous rappeler que nous appartenons tous et toutes à la

même planète terre et qu’en épargnant l’eau et les détergents nécessaires pour nettoyer les serviettes

dont nous ne nous serons même pas servies, nous contribuons à la cause de l’environnement.

 

Je me dis que ce sens de responsabilité qui découle de notre sentiment d’appartenance

s’étend à toutes les autres sphères de l’activité humaine. Quand on se sent vraiment ‘partie prenante’

 d’une famille, d’une école, d’une ville, d’un club ou d’un projet, ça paraît!

 

Même si parfois ça nous dérange, nous essayons d’y apporter au moins un petit quelque chose de nous-mêmes conscients que

l’ensemble ne pourra jamais se développer sans l’apport de chacun et de chacune. En un mot, tout commence par un

 sentiment d’appartenance.

 

 Il en sera de même pour l’Église et tout particulièrement pour la paroisse, premier lieu d’expression de notre appartenance à l’Église.

 

En mai dernier, en choisissant comme thème

pour l’année pastorale 2008-2009 :

« Grandir par notre appartenance »,

 

il me semble que les membres du Conseil diocésain de pastorale visaient juste. En tous cas, ils posent une

question de première importance. En effet, peut-on vraiment grandir dans sa foi sans appartenir?…

 

Certes, dans toutes les paroisses, nous trouvons des gens dont le sentiment d’appartenance est très

fort. Ils forment un noyau dur dont l’adhésion et la contribution sont constante et solides. Pour

d’autres, ce sentiment semble moins évident. Ils pourront participer aux activités traditionnelles

mais ils le font souvent en consommateurs ou consommatrices. Si ce n’est pas à leur goût, ils

iront à un autre ‘magasin’. Dans un cercle plus éloigné, on pourrait trouver des personnes qui se

considèrent toujours membres de l’Église mais dont la participation est pratiquement inexistante.

À part la Messe de minuit et quelques apparitions de convenance : funérailles, mariages et

anniversaires, on aurait du mal à découvrir chez eux d’autres signes d’appartenance. D’autres

cercles pourraient s’ajouter décrivant des degrés plus ou moins forts d’appartenance jusqu’à sa

disparition complète de l’écran radar. On dira peut-être : je garde un lien avec le ‘Gars d’en haut’

mais pour ce qui est de la paroisse : oublions ça!

 

Nous espérons que les quelques réflexions qui suivent en engendrent beaucoup d’autres autant

dans des rencontres formelles que dans des conversations de cuisine ou impromptues.

 

Trois points retiendront particulièrement notre attention:

1. nous n’appartenons plus comme avant,

2. notre sentiment d’appartenance a beaucoup

à voir avec la conscience que nous avons de notre identité,

3. enfin, notre appartenance est un moyen extraordinaire de croissance.

 

1. Je n’appartiens plus comme avant.

 

« Nous constatons de nos jours un effritement généralisé de la communauté. L’appartenance à

la famille, à la ville, à la paroisse, à la province ou à la nation s’effrite laissant l’individu seul

face à ses choix, ses orientations et le sens qu’il veut donner à sa vie » (Yves Cailhier, o.p.

Communauté Chrétienne, no 145, p. 188).

 

Il découle de cette affirmation d’un spécialiste en la matière comme de l’observation de

nombreux sociologues que le sentiment d’appartenance s’est grandement modifié au

cours des dernières décennies en raison des transformations profondes de notre société.

L’appartenance n’est plus un donné ‘passivement reçu’ qui structurait autrefois

l’individu et le définissait dans son existence, son identité, ses croyances religieuses et même

dans ses comportements. Certes nous demeurons toujours marqués par notre milieu

d’origine et notre héritage social et religieux. Mais, force est de constater que notre

appartenance est devenue aujourd’hui beaucoup plus active en ce sens que chacun et chacune

 choisit ses liens d’appartenance ou les crée de toute pièce. Par l’internet, on peut devenir très

ami avec une personne de Nouvelle Zélande qu’on n’a jamais rencontré. Puis, on se définit

en fonction de ‘ ses’ choix plutôt que par ce qui est déjà en place. En un mot, de naturelle

qu’elle était autrefois, l’appartenance est devenue aujourd’hui beaucoup plus

 sélective.

 

En exagérant à peine, on pourrait dire qu’autrefois l’individu se sentait au service du bien

commun qui faisait « comme-un » avec lui et auquel il apportait sa collaboration

presqu’automatiquement. Aujourd’hui, c’est comme si ce bien commun était entièrement au

service de l’individu. On se souvient du cri d’alarme que le président John F. Kennedy lançait

au peuple américain au début des années soixante:

 

« Ne regardez pas seulement ce que l’État peut vous apporter mais ce que vous pouvez apporter à

 l’État ».

 

Comment ne pas voir dans cette interpellation le signe qu’un changement profond

était en train de se produire?

 

Il va sans dire que ces données sociologiques se répercutent sur la perception que nous

développons face à notre appartenance à l’Église et à notre paroisse. Là comme ailleurs,

l’appartenance aura tendance à devenir beaucoup plus sélective. Du même coup, nous remarquons

que le mot : ‘communauté’ n’a jamais été aussi à la mode. Aux bulletins de nouvelles on parle

continuellement de communautés ethniques,

3.

2008-11 ‘Grandir par notre appartenance’ artistiques, asiatiques, linguistiques, sportives,

scolaires, autochtones, de la communauté européenne ou internationale, comme si à force

d’en parler, cela devenait une réalité… Aujourd’hui, nous décidons d’appartenir. Et, la

plupart du temps, nous décidons selon ce qui répond le mieux à nos propres besoins quitte à

nous raviser quand les choses vont changer. Les mêmes réflexes se reproduisent dans le monde

religieux.

 

2. Une crise d’appartenance liée à une crise d’identité.

 

Au cours d’une fin de semaine de préparation au mariage, je demandais à un jeune couple :

‘Pourquoi voulez-vous vous marier à l’église? ’ Sans perdre une seconde, le jeune fiancé me

répond avec une franchise admirable: « Je ne sais pas trop! D’ailleurs, ajoute-il, c’est de même pour

 tout ce qui regarde ma religion : ‘Je ne sais plus trop!…’ »

 

Avec simplicité et bonne humeur, nous avons alors commencé à faire le tour de la question du :

 ‘mariage sacrement’ et, à mesure que notre discussion se déroulait, c’était comme si je sentais un merveilleux édifice en train de se solidifier

après avoir été ébranlé dans ses fondations au cours d’une longue tempête de questionnements et de doutes.

 

C’est peut-être vrai qu’on ‘ne sait plus trop’ ce qui fait l’originalité chrétienne et ce

qui nous caractérise comme chrétiens et chrétiennes. Rien d’étonnant que tout s’effrite

ou se résume à quelques slogans qui, certes, expriment quelque chose d’intéressant mais

qui peuvent aussi tourner un peu court. Par exemples, on dira :

 « Moi, j’essaie d’aimer mon prochain ».

 Ou bien : « Moi, j’essaie d’être honnête ».

 

Ou encore : « Moi, je dis une prière tous les soirs ».

 C’est dire que l’infrastructure chrétienne demeure bien en

place même si l’édifice semble souvent ébranlé. Mais, ces slogans disent-ils de façon

suffisamment claire l’originalité chrétienne ?

 

Dans son encyclique : La mission du Christ Rédempteur,

 le pape Jean-Paul II nous met en garde contre une conception exclusivement

 humaine du Royaume de Dieu qui se réduirait à la justice, la liberté, la fraternité. «

 Cette conception a une part de vérité, dit-il, mais, elle devient fausse si elle est exclusive. Le

 Royaume, en effet, est accompli dans la personne du Christ ressuscité inséparable de son corps qui

 est l’Église. D’où la distinction que nous opérons entre les « germes » du Royaume présents en tout

 homme et toute femme de bonne volonté et« l’accomplissement » du Royaume rendu visible

 par les chrétiens et chrétiennes lorsque ceux-ci vivent les valeurs du Royaume ‘en Église

 ’ au nom du Christ (nos 16-18).

 

Bâtir le Royaume est une entreprise de l’Esprit Saint qui se sert de son Église de façon toute privilégiée

 pour la mener à bon terme dans le temps et dans l’espace. Or, redisons-le, la paroisse avec ses forces et ses

limites demeure pour l’ensemble des gens, le lieu où l’on vit concrètement ce: ‘en Église’ dont parlait

Jean-Paul II. Pour les chrétiens et les chrétiennes, la paroisse est un don inestimable ‘ à choisir’ dans la

foi pour vivre selon ce que nous sommes et accomplir la mission que le Christ nous a confiée.

 

Elle est comme une racine maîtresse de l’arbre que nous sommes appelés à devenir.

 

Rappelons comment les chrétiens et chrétiennes des premières communautés ont découvert leur originalité :

a)D’abord, ils ont pris conscience qu’ils se distinguaient de la communauté juive. Pour cette

raison, ils ont abandonné la pratique de la circoncision de ceux qui n’étaient pas d’origine juive.

 

b)Puis, ils ont découvert qu’ils formaient un peuple. Saint Paul écrit : « Il n’y a plus ni Juif, ni Grec;

il n’y a plus ni esclave, ni homme libre; il n’y a plus l’homme et la femme; car tous, vous n’êtes

qu’UN en Jésus Christ » (Ga 3, 28). Exclus des synagogues qu’ils avaient continué à fréquenter

jusqu’au début des années 80, les nouveaux chrétiens et chrétiennes ne se sont pas dispersés de tous

bords et de tous côtés, mais ils se sont rassemblés de nouveau pour écouter la Parole et partager le

Pain jusque dans les catacombes pour éviter les persécutions. Pour eux, c’était là une expression

fondamentale de leur identité.

 

c)Progressivement, ces mêmes nouveaux chrétiens et chrétiennes ont découvert que leur foi en Jésus

Christ était inséparable du désir detémoigner de Lui. Par exemple : à travers les lettres de Saint Paul

et les Actes des Apôtre, on s’aperçoit que l’Évangile n’était plus porté simplement par les leaders, les

chefs de l’Église, mais aussi par l’ensemble des communautés jusqu’au point où c’est la communauté

d’Antioche elle-même qui envoie Paul à Chypre et en Asie Mineure. C’est comme si la tâche

missionnaire était véritablement remise entre les mains de tous les baptisés. Ils avaient le désir d’être, avec les autres,

 comme du levain dans la pâte du monde. Même le vocabulaire utilisé par Paul en parlant des gens de ses communautés me paraît fort

inspirant : il emploie le mot frères pour désigner les baptisés (Ro 8,16; Ph 2, 15). Une façon de dire qu’en raison du baptême on se reconnaît désormais

comme membres d’une même famille. Paul emploiera même l’expression pleine de tendresse de :  ‘frères bien aimés’ (1 Co 51, 58; Ph 4,11). Pour désigner les

baptisés, Paul utilisera aussi le mot :  ‘saints’ qu’il va chercher dans le Psaume 34, 10, où on parle de ceux qui se sont ‘attachés’ au Dieu Saint. Il utilisera

également les mots : ‘élus’ ou ‘appelés’non pas pour que les chrétiens et les chrétiennes s’enorgueillissent, mais tout simplement pour qu’ils sachent

 qui ils sont en toute humilité et comment leur baptême modifiait radicalement leur identité.

 

d)Finalement, à travers leur expérience de vie, les premiers chrétiens et chrétiennes ont découvert

que, sans une véritable appartenance à leur communauté, ils ne pourraient pas accueillir pleinement

 la vie nouvelle que Jésus était venue leur apporter ni répondre à la mission qui leur était confiée. La

foi, pour eux et pour elles, comprenait donc une manière d’être essentiellement sociale. Revêtir le

 Christ – allusion au baptême – c’était d’entrer dans une communauté qui est l’expression tangible de

cette unité dans la Christ. C’est elle qui offrait l’espace pour vivre l’appel de l’Évangile. En s’yintégrant,

 ils apprenaient même les comportements qui étaient ceux du Christ :« Puisque vous êtes

 élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassions, de bienveillance, d’humilité,

de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement : comme le Seigneur vous a

pardonnés, faites de même, vous aussi. Et par-dessus tout, revêtez l’amour : c’est le lien parfait. Que règne en vos coeurs la paix du

 Christ, à laquelle vous avez été appelés tous en un seul corps. Vivez dans l’action de grâce ». (Colossiens 3, 12-15).

 

Leur appartenance à la communauté était un élément de grande fierté. Elle alimentait

leur courage dans les épreuves et produisait un bonheur de vivre que leurs compatriotes

remarquaient et admiraient. Ce n’est pas pour rien que l’auteur de l’épître aux Hébreux

disait :« Ne désertons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l’habitude, mais encourageons-nous et

 cela d’autant plus que vous voyez s’approcher le Jour » (Hé 10,25).

 

Le ‘jour’, dans le contexte, c’est la présence du Seigneur au milieu de son peuple que

l’on rencontre dans la foi et qui vient tout transformer.

 

3. Appartenir pour grandir.

 

C’est naturel pour tout être humain de chercher toujours à croître, à grandir, à

devenir plus. Mais, dans la société dans laquelle nous vivons, nous sommes souvent portés à mesurer

la croissance humaine beaucoup plus par l’indépendance que par l’appartenance.

 

C’est comme si l’idéal d’un être humain était de ne plus dépendre de personne ni de

rien ayant suffisamment de réserves financières pour se payer tous les services

dont il aurait besoin. Certes, nous gardons des contacts solides et chaleureux avec ses

proches et à ses amis mais, nous prenons foule de précautions pour ne pas ‘se faire

embarquer’! Nous finissons par ressembler à une infinité de petits îlots isolés. Faire de tous

ces îlots une seule île grande et belle est non seulement une tâche humaine et spirituelle

colossale mais aussi une occasion extraordinaire de croissance pour chaque

individu et pour le groupe dans son ensemble. Les autres m’aident à devenir ce que je suis et à

développer des potentialités qui ont pu demeurer longtemps cachées sous le boisseau. Si, sans les

autres je ne puis atteindre à ma pleine stature d’être humain, sans la

 foi des autres, je ne puis atteindre ma pleine stature de croyants ou de croyantes.

 

D’ailleurs, en parcourant la Bible, on a vite fait de s’apercevoir que Dieu n’a pas d’abord fait

alliance avec un ou des individus, mais avec un peuple. « Tu seras parmi tous les peuples, mon

 peuple particulier » (Exode, 19,5).

 

De son côté, Jésus n’a pas commencé par nommer des chefs mais par rassembler des disciples autour de

lui, leur apprenant à s’aimer, à s’accueillir, à s’entraider, à se pardonner et à célébrer. Saint

Paul développera cette idée d’appartenance à un peuple en nous comparant à un grand corps

dont chaque membre est important.

 

« À plusieurs, nous sommes un seul corps dans le Christ étant tous membres les uns des autres,

 chacun pour sa part » (Ro.12, 5-6). Puis, dans sa première épître aux Corinthiens il poursuit:

 « Si le pied disait : ‘Comme je ne suis pas une main, je ne fais pas partie du corps’ cesserai t-il

 pour autant d’appartenir au corps? » (1 Co12, 12-31).

 

Bref, dans la Bible, les « autres » font comme partie de mon identité du fait que nous

sommes tous et toutes, membres d’une même famille. De sorte que, croire sans appartenir

 devient un non sens.

 

Au contraire, je grandis dans la mesure où j’apporte aux autres les talents que j’ai reçus, et que j’accueille ceux

des autres, surtout celui de la foi, dans l’ouverture et la simplicité. Cette complémentarité reconnue, reçue et célébrée

surtout quand elle vient se greffer à une mission commune, celle d’un Royaume à bâtir, devient source de croissance et

d’épanouissement de chacun et de chacune.

 

Il restera à gérer les diverses formes d’implication avec tous les autres engagements qui cadrent mal

parfois avec ceux de la communauté et faire les accommodements raisonnables qui faciliteront

l’identification et l’attachement de chacun et de chacune à une communauté.

 

Conclusion :

 

Il se peut que notre décision d’appartenir exige une conversion. Mon premier réflexe sera peut-être de dire : « Ça ne me fait rien d’appartenir à

condition que ça ne me dérange pas trop ». Mais, l’appartenance dérangera toujours comme l’amour

d’ailleurs.

On pourrait aussi être portés à dire : « J’appartiendrai lorsque l’autre aura décidé de changer ».

 

Aurions-nous oublié que c’est l’amour qui doit toujours primer, et s’exprimer en termes d’accueil,

de pardon, de collaboration, de service, de joie, d’espérance, etc.

 

Il faudra sans doute plus qu’une année pour redécouvrir ou renforcir notre sentiment d’appartenance.

Il y a tellement d’obstacles à surmonter! Mais, je pense qu’avec un thème comme celui-ci, nous

touchons à un élément qui va au coeur même de notre vie chrétienne et ecclésiale. D’ailleurs, s’il y a

une petite ‘conversion’ à opérer, ne nous laissons effrayer par ce mot. Il fait partie intégrante de notre

cheminement de foi. Si j’appartiens à ma paroisse, ça devrait paraître!

 

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†Paul Marchand, s.m.m / Évêque de Timmins

 

Questions pour poursuivre la réflexion:

1. Quels mots me viennent à l’esprit quand je cherche à exprimer mon appartenance à ma paroisse?

 

2. Appartenir à sa paroisse, est-ce important? (sur une échelle de 0 à 10, j’encercle le chiffre qui me paraît le mieux exprimer l’importance de

mon appartenance à ma paroisse, le ‘0′ exprimant aucune importance et le ‘10′, une extrême importance. Puis, on échange)

 

3. Quels sont les obstacles à l’appartenance à sa paroisse?

 

4. Qu’est-ce qui facilite mon appartenance à ma paroisse?