2010-12 « Être catholique: un appel, un défi

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 Lettre Pastorale

Diocèse de Timmins – octobre 2010 

+Mgr Paul Marchand, s.m.m.

 Évêque de Timmins

 

Lettre pastorale                                                                                                                                                       le 1er octobre 2010

 Note : Ce document n’est qu’un outil parmi beaucoup d’autres. Il s’adresse à ceux et celles qui veulent réfléchir un peu plus profondément sur le ‘sens’ à donner à la priorité pastorale diocésaine 2010-2011.

 

 Être catholique: un appel – un défi

Introduction :

Le thème que le Conseil diocésain de pastorale a choisi comme priorité pastorale pour l’année 2010-2011 nous incite à nous poser une

question fondamentale en rapport avec notre ‘identité’. En effet, être ‘catholique’ fait partie de la définition que nous

donnons de nous-mêmes quand nous remplissons notre formule de recensement ou encore quand on nous demande à quelle religion nous

appartenons. Spontanément nous répondons :Je suis ‘catholique’. Mais, qu’est-ce qui se cache sous ce mot :

« catholique » que nous acceptons comme faisant partie de notre identité?

 

Ces lignes ne prétendent pas répondre d’une façon exhaustive à une question aussi comlexe que redoutable. Elles veulent tout simplement

jeter un peu de lumière spécialement sur les mots:‘appel’ et ‘défi’. Il restera beaucoup d’autres choses à faire au cours de

 l’année pour mener à bien cette priorité diocésaine. Mon seul souhait, en écrivant ces quelques paragraphes, c’est d’amorcer des échanges

et defavoriser une prise de conscience plus profonde de ce que nous ‘sommes’.

 

Le temps pour nouspencher sur cette question me semble des plus favorable. En effet, souvent il faut une crise pour nous poser les

vraies questions.« C’est suite à mon accident d’auto que j’ai découvert qui j’étais», m’avouait récemment l’un de mes amis. « C’est sur mon lit d’hôpital que je

suis descendu dans le creux de ma vie pour en saisir les vraies assises et les colonnes qui m’ont toujours soutenue ».

 

Or, l’Église à laquelle nous nous identifions en nous déclarant ‘catholiques’, vit présentement une crise majeure autant dans ses institutions

que dans certaines de ses personnes. Est-ce que cette situation ne pourrait pas nous fournir, elle aussi, une occasion de nous poser les vraies

questions sur notre identité de ‘catholique’?

 

A. Être catholique :UN APPEL. Qu’est-ce à dire?

 1.Dès notre tendre jeunesse nous découvrons que nous ne sommes pas sur la terre pour rien. Instinctivement, nous cherchons à y ‘

laisser notre marque’, ‘ à faire une différence’,‘à accomplir quelque chose de grand tout en nous accomplissant nous-mêmes’.

C’est même cet idéal de jeunesse qui, très souvent, nous conduit progressivement à choisir la profession, le métier et même l’état

de vie dans lequel nous allons nous engager, et à prendre les moyens parfois difficiles et laborieux pour y parvenir. C’est comme si il y

avaitquelque chose d’incrusté, d’innée dans notre existence humain avant même de naître. Ne serait ce pas là notre tout

premier appel?

 

2. Plusieurs récits bibliques pointent d’ailleurs vers cette direction. Prenons simplement celui de la vocation de Jérémie. Il est dit :

« Avant de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais. Avant que tu ne sortes de son ventre, je t’ai consacré; je

fais de toi un prophète ». (Jr. 1,5). Nous voyons, à l’arrière plan de ce récit, celui de la création du monde où il est dit que Dieu :

« est le créateur de tout » (Gn 10-16); «qu’il a modelé et animé le premier homme; qu’il a façonné tout homme dès sa

conception » (Gen 2,7). Plus tard, en s’adressant au peuple Hébreux, Jérémie mettra dans la bouche de Dieu cette parole :

« Vous êtes dans ma main, gens d’Israël, comme l’argile dans la main du potier » (Jr. 18,6). De son côté, Job affirmera:« De peau

et de chair TU me vêtis, d’os et de nerfs TU m’as tissé » (Job 10, 11-12). Saint Paul abonde dans le même sens quand il dit :«

Lorsque celui qui m’a mis à part depuis le sein de ma mère et m’a appelé par sa grâce… » (Gal, 1, 13-17).

 

C’est-à-dire qu’il y a ‘quelque chose’ d’imprimée, d’inculquée dans notre existence dès l’origine que l’on pourrait qualifier de :‘premier

appel’. Le Concile le qualifiera de :vocation humaine. Il en parle comme d’un ‘projet’ attaché à la venue dans le monde

de chaque individu et qui lui est absolument unique. Cet appel fait partie de moi comme personne humaine parce que c’est : ‘moi’. Voilà!

 

3.Or, toujours selon Vatican II, c’est sur cette vocation humaine que viendra se greffer notre ‘vocation chrétienne’. Être

 chrétien, c’est une ‘manière nouvelle d’habiter notre humanité’ comme l’expliquera Christoph Théobald dans son

 ouvrage :‘Vous avez dit vocation?’, p 96, en commentant le document du Concile : Gaudium

 et Spes, 19,21. Notre vocationchrétienne vient donner un sens nouveau’ à notre vocation humaine. Dieu nous

appelle non seulement à laisser ‘notre’ marque dans le monde mais à marquer ce monde ‘à la manière des enfants de Dieu’.

 Autrement dit, par notre baptême nous sommes appelés à rendre le monde meilleur selon ce que nous sommes devenus

par notre plongée dans la vie de Jésus ressuscité. Nous sommes appelés à marquer le monde à la manière

 de Jésus.

 

4.Il va sans dire que ces deux appels déposés mystérieusement en nos coeurs, le premier avant même notre naissance et l’autre par notre

baptême, ne pourront nous être révélés et se développer sans l’aide d’une foule d’intervenants et d’intervenantes. Déjà, spontanément, les

parents, les enseignants et enseignantes et toutes les personnes impliquées dans le monde de l’éducation, mettent tout enoeuvre pour aider les étudiants et

étudiantes à découvrir et à développer les talents qui leurs sont propres que ce soit dans le domaine des arts, des sports, de la gestion, de

l’informatique, de la mécanique, de l’ingénierie, du droit, etc…

 

Il restera à apporter une aide semblable pour faire connaître et faire croître ce nouvel appel attaché au baptême, celui d’habiter cette

vocation humaine à la manière de Jésus, de colorer ces talents qui sont propres à chacun et à chacune à la lumière de la foi chrétienne, de

vivre jour après jour selon l’esprit que Jésus nous a légué et de témoigner de ce que nous sommes vraiment : des personnes humaines

baptisées. Pour nous qui nous nous déclarons chrétiens et catholiques, ces deux appels sont, en fait, des composantes d’une seule

et même identité.

 

Évidemment, nous ne pourrons apporter cette aide aux autres de façon sérieuse et efficace, ni même découvrir et approfondir

pour soi-même comme adultes cette identité qui nous est propre sans relever une foule de défis surtout dans le monde d’aujourd’hui.

 

B. Être catholique : UN DÉFI. Qu’est-ce à dire?

 

Avec l’arrivée de la révolution technologique et de toutes les pressions nouvelles qui s’exercent non seulement sur les jeunes mais

aussi sur les parents, les familles et l’entourage, être ‘catholique’, dans la société du vingt-et-unième siècle, peut devenir un véritable

défi. Des choix devront être faits. J’en énumère quelques uns :

 

1.développer une capacité d’écoute pour bien entendre ce qui se passe en nous, ce qui nous est ‘propre’ en tant qu’individus.

Écouter dans un monde rempli de tant de bruits peut paraître osé, irréaliste voire ridicule. C’est pourtant un pas incontournable pour

quiconque veut remplir sa vie et en saisir tout le bonheur qui surgit en répondant aux appels qui lui sont propres. Personne ne peut entendre à la place d’un

autre cette voix silencieuse inscrite au coeur de toute vie humaine. Au plus profond de nous, une vie remplie de richesses cherche à faire surface dans le sens

du ‘meilleur de nous-mêmes’ comme personne humaine et comme enfant de Dieu. Mais, en même temps, une infinité de bruits extérieurs cherchent à

l’enterrer.

Comment relever ce défi?…

 

2.Trouver des modèles. Quand on est jeune ou enfant, il est dans la nature des choses de chercher ces modèles dans ses propres parents.

On entend souvent dire : «Comment voulez-vous que les enfants grandissent comme ‘catholiques’ si leurs parents ne les aident pas par leurs

exemples et leurs propres choix?» Ou encore : « C’est difficile de demander à des jeunes d’être plus ‘catholiques’ que leurs parents ».

 

Les milieux environnants devraient aussi comporter de nombreuses ‘figures d’identification’ capables de témoigner de leur foi.

« Il faut tout un village pour éduquer un enfant » dit le proverbe africain. Où est ce ‘village’ sinon la famille, l’école et les autres lieux que l

les jeunes fréquentent? L’appel à être ‘catholiques’ devient donc un défi non seulement pour chaque individu mais aussi pour tous les

membres de notre Église.

 

3. Accepter certaines ruptures. Combien de fois le Seigneur a signalé à ses disciples qu’ils ne pourront pas le suivre sans laisser

quelque chose derrière eux. Dans une société d’abondance, de facilité et de confort, sommes nous capables de faire des choix

en fonction de ce que nous sommes vraiment, et de laisser tomber ce qui n’y convient pas?

 

4.Découvrir progressivement cette liberté et cette joie profonde qui surgissent à mesure que nous devenons ce que nous

sommes : des chrétiens et des chrétiennes baptisés dans l’Église ‘catholique’. Loin d’être une contrainte humaine ou une

exigence sociale, c’est à une grande liberté et à un immense bonheur que nous convoque notre baptême. Il nous reste à les découvrir dans nos engagements

de chaque jour et à en rendre grâce avec les autres de notre communauté.

 

5.un autre défi – et non le moindre – demeurera la conscience de la responsabilité qui nous incombe à tous et à toutes de vivre en fonction

de l’appel initial que Dieu nous a adressé ‘dans le secret’, et de lui donner la couleur chrétienne de notre baptême avec les choix qui en

découlent.

 

Conclusion :

La priorité pastorale de l’année 2010-2011 nous convie donc à revenir à notre identité profonde. N’oublions pas le tout premier

mot du slogan qui est le mot : ÊTRE. Être catholique c’est une manière ‘d’être’, une manière d’exister dans ce monde qui devient une

réponse constante au creux de notre coeur à une proposition silencieuse et pleine d’amour de la part de Dieu. Il y a d’autres manières

d’exister dont celle des personnes qui ne connaissent pas Jésus ou qui ne croient pas en lui. Mais celle dont nous parlons, nous, aujourd’hui,

se réfère directement à la personne de Jésus comme Fils de Dieu, et à l’Église qu’il a fondée.

 

Que la crise que vit présentement notre Église alimente abondamment nos conversations de cuisine et de salon, j’en conviens! Pour

plusieurs d’entre nous, cette crise peut même devenir occasion d’une profonde souffrance. Mais, elle offre aussi, me semble-t-il, une

invitation à revoir notre propre appel humain et baptismal; surtout, à revisiter cette nouvelle manière d’habiter notre personne humaine en

tant que baptiséset catholiques, puisà relever les défis qui en découlent.

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Paul Marchand, s.m.m.

Évêque de Timmins

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2010-12 « Être catholique: un appel, un défi -6-

 

Pour poursuivre la réflexion :

Quelques questions

 

1. Puis-je identifier certains appels que j’ai ressentis dans ma vie?

 

2. Puis-je identifier certains modèles qui m’ont aidé à réaliser ma vocation humaine?

 

3. Puis-je identifier certains modèles qui m’ont aidé à grandir dans ma vocation chrétienne?

 

4. Puis-je identifier certains défis que j’ai dû relever pour être fidèle à mes appels?

 

5. Que ressentez-vous devant la priorité pastorale qui nous est proposée pour l’année 2010-2011?

 

6. Quel(s) engagement(s) pouvez-vous prendre afin de mener à bien cette priorité pastorale

. comme individu?

. comme communauté?

 

7. Autres…………